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totem et tabou 3Vous voulez remettre en cause un acquis social ? La rhétorique de la « détabouïsation » est faite pour vous…Certes, elle manque d’originalité : de Laurence Parisot qui, en 2012, voulait « détabouïser la flexibilité » à Bruno Le Maire (1) qui, dans une interview au journal Le Monde en novembre 2013, expliquait « vouloir apporter des réponses aux problèmes des Français quitte à briser un certain nombre de tabous » (mentionnant tour à tour la réduction des dépenses publiques, la « simplification massive du droit du travail », la diminution de la durée de l’indemnisation chômage, la baisse des « charges », le « durcissement des règles du regroupement familial »), la liste des « briseurs de tabous » est longue et n’en finit pas de s’allonger. La question des « seuils sociaux » semble ainsi susciter ces derniers temps de nouvelles vocations et m’amène donc à évoquer, à nouveau, la folle audace intellectuelle et politique des briseurs de « tabous sociaux ».

Parler de « tabou », c’est d’abord vouloir réduire ce dont on parle à un simple interdit infondé rationnellement et lui ôter le rang de principe ou d’acquis historique que l’on voudrait préserver parce qu’on en mesure la valeur progressiste. Ce qui caractérise les « prohibitions tabou » – soulignait ainsi Freud – c’est « qu’elles ne se fondent sur aucune raison ; leur origine est inconnue ».

Vouloir  ôter à l’objet  toute dignité rationnelle n’est, toutefois,  pas le seul intérêt de cette rhétorique. Elle permet, en effet, aussi au sujet qui l’emploie de se positionner comme celle ou celui qui ose -enfin !- braver l’interdit et remettre « courageusement » en cause ce qui constituait, cela va de soi, un blocage social.

Que cette litanie de la « détabouïsation » se fasse entendre si régulièrement dans les rangs des néolibéraux n’a rien d’étonnant tant les « tabous à briser » cités ne se trouvent – comme c’est curieux- que du côté des acquis sociaux ou des principes progressistes.

Signe de la bonne forme idéologique du néolibéralisme, le manque d’originalité de la posture du « détabouïseur » devrait, par contre, alerter toutes celles et tous ceux qui ne souhaitent pas , en réalité, n’être que des… transmetteurs de poncifs.

 

 

 

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