Renouveau démocratique : leurres présidentialistes ou…VI ème République ?

  Il y a 5 ans,  jour pour jour, dans une tribune publiée sur Mediapart, Barbara Romagnan et moi prenions position contre le « décret passerelle » qui permettait à un parlementaire de devenir avocat sans aucune formation, ce qui relevait d’un mépris considérable pour la profession d’avocat et était éminemment révélateur, à nos yeux, d’une conception du mandat politique servant de passe-droit.Candidates l’une et l’autre aux élections législatives, nous nous étions alors engagées à agir pour son abrogation mais aussi à mettre en actes une pratique conforme à notre conception de l’exercice d’un mandat politique  (http://martinechantecaille.fr/mandat-politique-un-engagement-pas-un-passe-droit/) .

             Bataillant, en effet, l’une et l’autre depuis des années au sein du Parti Socialiste pour le non-cumul et le mandat exécutif unique (ce qui nous a valu en retour plus souvent des remarques acerbes et sourires condescendants de la part des adeptes de la professionnalisation de la vie politique…), nous avions décidé, sans attendre le vote d’une loi sur le non-cumul et en allant au-delà de ce qui était prévu, de n’exercer que le mandat parlementaire et de rendre transparente l’utilisation des moyens. Elue députée, Barbara a tenu tous ces engagements : elle a aussitôt démissionné de son mandat de conseillère générale, oeuvré pour que le décret passerelle soit abrogé (ça a été le cas en 2013) et toujours voulu être en cohérence avec les engagements pris devant les électeurs en 2012 : ses prises de parole sont là pour en témoigner. Je souhaite vivement qu’elle soit réélue !

       Il n’est pas vain aujourd’hui de rappeler que, face à la défiance citoyenne si importante depuis des années, il serait enfin temps de relever les défis démocratiques que nous risquons, au contraire, de voir s’aggraver par le présidentialisme ambiant. Oui la professionnalisation de la vie politique est un fléau qui écarte trop de citoyens de l’exercice du pouvoir confié à quelques mains qui se l’accaparent et, pour le conserver, le détournent de sa fonction 1ère. Mais, la solution n’est pas de vanter les mérites supposés d’une « société civile » qui n’aurait comme seule vertu de ne s’être jamais engagée politiquement. Que les partis politiques aient besoin de se transformer, que la gauche qui, par essence, doit prôner le partage- y compris du pouvoir- le traduise en actes, est une évidence. Mais cela ne dispense en rien un parlementaire de la nécessité d’une vision politique s’il n’entend pas réduire son rôle à celui d’un godillot obéissant le doigt sur la couture aux commandes d’un exécutif qu’il devrait, au contraire, contrôler.  Pas plus que le critère d’âge ne garantit ipso facto la fin des pratiques anciennes tant certains s‘y lovent avec délice très tôt, le recours à la fameuse « société civile » qui, se découvrant soudain de l’appétit pour l’exercice d’un mandat, ne représente « la » solution au malaise démocratique. Il s’agit là d’un leurre qui risque même d’être contre-productif, risquant d’accentuer un présidentialisme si problématique.

Le défi démocratique est toujours devant nous, amplifié par les fausses solutions et les mots creux. La « moralisation » de la vie politique ne suffira  pas à le relever : elle devra être complétée par des réformes institutionnelles ambitieuses redonnant sa place au Parlement comme aux citoyens. Le présidentialisme ambiant n’est pas le meilleur gage d’une avancée dans cette voie.

Laisser un commentaire