Quitter le Parti Socialiste pour mieux servir la gauche

Je quitte aujourd’hui le Parti socialiste.

Si un parti politique est, à mes yeux, un outil pour une fin qui le dépasse et qu’il doit servir, je ne peux cacher que la décision de s’en détacher soit pour autant simple… 
Un engagement militant actif est toujours un chemin où on donne, on reçoit et, surtout, on partage beaucoup : des convictions, des espoirs, des indignations, des soirées et des kilomètres passés à défendre des idées, des textes. Bref, avoir une « carte », c’est bien plus qu’une adhésion et une cotisation : c’est un parcours avec des rencontres et donc aussi des liens affectifs. A l’heure où les partis sont souvent décriés –et pour des raisons parfois très justes-, je veux saluer ces femmes et ces hommes qui s’engagent par conviction et j’en ai croisé beaucoup au Parti Socialiste. 
N’attendez pas de moi des règlements de compte teintés d’amertume ou de colère, juste les raisons politiques pour lesquelles je prends cette décision. Celles-ci sont nationales. La situation politique locale, aussi inconfortable qu’elle ait pu être pour l’aile gauche du PS, n’a jamais été suffisante pour me conduire à partir.

Socialiste de conviction, je me suis décidée à prendre ma carte au sein du PS en 2006. Dans ce parti, alors situé au cœur de la gauche et à l’origine de conquêtes sociales et sociétales incontestables, je savais d’emblée que j’y rejoindrai son « aile gauche », celle qui avait soutenu le « non » au TCE en 2005 et que je savais résistante idéologiquement aux tentations libérales qui pointaient parfois leur nez sous couvert de « pragmatisme » ou de « modernité ». Pendant des années, le fait d’y être minoritaire ne m’a pas semblé un problème suffisant pour remettre en cause cet engagement. Il faut dire que Martine Aubry avait eu à cœur de réunir d’emblée autour d’elle tous les courants.

Le quinquennat de François Hollande a changé considérablement cette donne : du renoncement dès 2012 à renégocier le TSCG – que nous appelions « le traité Merkozy »- à la mise en œuvre de choix économiques contraires à nos engagements et à nos principes (politique de l’offre, CICE, extension du travail dominical, déchéance de nationalité et la loi Travail etc.), la pertinence de la présence en son sein de l’aile gauche a commencé à se poser sérieusement. Rester exigeait a minima de parler et nous l’avons fait ! Les députés dits « frondeurs » ont cherché à modifier les choix de l’exécutif contraires à ce pour quoi ils avaient été élus et ne les ont pas votés et les militants de l’aile gauche n’ont eu de cesse, à leur niveau, d’exiger des réorientations et de dénoncer l’orientation prise.

Mais les défaites électorales ont eu beau se succéder, les voix des électeurs disant « on ne vous a pas élus pour ça » comme les nôtres n’ont pas eu d’effet.

Nous avons eu beau intervenir au Conseil National (je l’ai fait comme d’autres au moment de la déchéance de nationalité, votée ensuite par une majorité de députés socialistes), faire remonter des motions, fonder des collectifs militants (comme celui des « Socialistes Contre l’Austérité » qu’avec quelques camarades amis nous avions créé pour soutenir les députés frondeurs), notre parti est resté aux abonnés absents, validant par renoncement idéologique ou simple acceptation passive d’une logique présidentialiste des choix qui nous coupaient pourtant des électeurs et des autres forces de gauche.

Le PS a perdu sa crédibilité et son utilité pendant ce quinquennat. Mais cela ne s’est pas arrêté là.

La campagne présidentielle a vu des socialistes appeler à voter pour E. Macron et son programme ouvertement libéral dès le 1er tour et les législatives ont connu leur lot de candidats « majorité présidentielle ».

Les défaites n’ont pas entraîné le « sursaut » de survie nécessaire. Appelant à voter- en toute cohérence !- « contre » la confiance à un 1er ministre de droite ou à rejeter la loi « sécurité intérieure » inscrivant des dispositions de l’état d’urgence dans le droit commun, la voix des militants de l’aile gauche n’a pas été entendue.

Les départs individuels dans nos rangs se sont accélérés tant la question de notre utilité se posait. Le congrès d’Aubervilliers constituait une dernière chance de sursaut, de tourner la page du quinquennat : nous avons là encore échoué.

Loin de cela, ce à quoi nous assistons depuis des mois, c’est à la tournée des fédérations par F.Hollande, applaudi sur son bilan et ses critiques des « frondeurs » comme ce fut le cas en Vendée.

Cette voie nous écarte du rassemblement nécessaire des forces de gauche, de la recherche de convergences permettant de reconquérir le pouvoir afin d’agir efficacement pour celles et ceux que nous voulons défendre et qui subissent actuellement les méfaits du néolibéralisme.

Comme beaucoup d’autres camarades, je fais donc le constat de l’inutilité de notre présence dans le PS.
Quand vote après vote, les citoyens montraient leur déception, vote après vote les militants socialistes confirmaient leur orientation. Le souvenir de ce qu’a pu être notre efficacité passée et de la convivialité de moments militants ne peut se substituer à la lucidité sur notre situation actuelle.

Il y a urgence à faire travailler ensemble les forces de gauche.

Il est temps de porter plus utilement ailleurs le message si actuel du socialisme, si pertinent face aux défis urgents à relever.

Vive la gauche !

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