Parité et sénat : des chiffres et un coup de gueule

Les élections sénatoriales se sont déroulées hier. Sans vouloir commenter ici les résultats obtenus par les différentes forces en présence, un chiffre mérite d’être amplement souligné : celui de la faible proportion de sénatrices puisque le pourcentage de femmes élues au Sénat passe seulement de 25 à 29%.

Certains se satisferont d’une telle « progression »  qui permettra d’envisager -peut-être- la parité à l’horizon de… 2032. Un « train de sénateur » nécessaire à leurs yeux pour que les femmes acquièrent les fameuses « compétences », celles qui sont si souvent évoquées quand on revendique l’égalité dans la représentation pour dire que l’essentiel ce n’est pas que l’on soit homme ou femme mais le fait d’avoir des… »compétences ». Sans même discuter de la « confusion des genres » entre l’expert et le politique que véhicule cette notion de « compétences », personne n’est dupe du pseudo argument qui ne sert qu’à tenter de justifier le fait d’une inégalité qui n’a que trop durer.

Outre le fait que l’on a déjà vu, de plus, la fragilité d’une  telle progression, beaucoup verront, en effet, dans son peu de  fulgurance non pas un motif de satisfaction mais la persistance d’une anomalie due à de petits arrangements avec l’égalité  qu’il faut dénoncer fortement afin qu’ils cessent.  

Trois autres chiffres sont, en effet, éloquents : 45.5 de femmes étaient candidates mais seulement 5.4% étaient têtes de liste, listes qui se multiplient puisque depuis 10 ans leur nombre a plus que doublé. Cette génération des listes n’a rien de spontané : elle relève,  comme le soulignait le journal Le Monde déjà en 2011, de « petits arrangements avec la parité » où certains préfèrent créer une liste supplémentaire plutôt que de risquer de ne pas être élu en n’étant pas désigné tête de liste voire en se retrouvant 3ème.  http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/09/23/de-petits-arrangements-avec-l-obligation-de-parite_1576798_823448.html

Face à de telles stratégies, la  loi sur la parité, pragmatiquement utile pour contrer des traditions écartant les femmes de la représentation politique, ne suffit pas. Il faudra, notamment, comme le propose le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes « interdire tout rattachement après l’élection d’un.e sénateur.rice à un parti ou un groupe politique qui ne l’a pas présenté.e. Cette règle est déjà à l’œuvre à l’Assemblée nationale depuis 2014. ».

J’invite les citoyens à être vigilants sur l’effectivité des progrès vers l’égalité et à dénoncer,  sans se lasser, les traditions, les stéréotypes et les stratégies qui contribuent à maintenir réelles des situations inégalitaires.

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