Ma ville émancipatrice, j’y tiens !

égalité F-HJ’ai souvent eu l’occasion sur ce blog de saluer les progrès réalisés au cours du temps en matière d’égalité entre les femmes et les hommes comme il m’arrive aussi assez régulièrement de signaler ceux qu’il reste à accomplir en France (et, bien entendu, ailleurs dans le monde), et d’alerter sur la vigilance toujours nécessaire car les régressions sont toujours possibles.

Faire avancer l’égalité des droits (formels comme matériels) entre femmes et hommes passe d’abord par le dépassement de stéréotypes, de représentations attribuant aux femmes, par essence, des compétences, des qualités ou des faiblesses les rendant aptes à certaines fonctions -domestiques par exemple- mais inaptes à d’autres que les hommes, par une nature toujours bien faite, peuvent eux parfaitement remplir. Il a ainsi fallu que des femmes et des hommes effectuent un travail de déconstruction de telles représentations et des pratiques sociales qui leur sont associées pour que, petit à petit, dans différents endroits du monde on en vienne à reconnaître la nécessité d’aller vers l’égalité des droits.

A côté du travail nécessaire de ces déconstructeurs de préjugés et de stéréotypes, il a fallu aussi la volonté politique de faire avancer l’égalité en accordant, par exemple, aux femmes le droit de vote, le droit d’être élu. Mais comme proclamer l’égalité ne suffit pas toujours à dépasser les inégalités, il a fallu aussi concevoir des contraints pragmatiques pour que les partis politiques ne s’accommodent pas trop facilement de femmes présentes virtuellement ou comme…suppléantes ou encore pour que les entreprises soient pénalisées quand elles n’attribuent pas aux femmes les mêmes salaires qu’aux hommes pour des postes identiques. Rappelons-le dans tous ces domaines, nous sommes encore très perfectibles en France : les inégalités existent en matière salariale comme en matière d’accès aux postes à responsabilité ou au pouvoir ( le nombre de femmes maires en députées ou sénatrices suffit à lui seul…).

Le combat progressiste est donc toujours à mener tant les « poches de résistance » restent fortes, confinant les femmes dans une situation inférieure ou spécifique en raison d’une « nature » s’alliant fort bien avec les traditions mais un peu moins bien avec l’égalité ! C’est un combat complexe car on se heurte aux habitudes sociales et à ce qui semble « aller de soi «  et couler de source. Nous l’avons vu récemment quand les défenseurs de la « manif pour tous » expliquaient qu’il y avait « par nature » des rôles préétablis destinés aux femmes et aux hommes dans l’éducation des enfant (« 1 papa, 1 maman ») ou lorsqu’en agitant une théorie du genre fantasmé, ils voulaient censurer des livres remettant en cause les représentations des rôles sociaux accordés aux deux sexes. A priori compétentes pour le « social », les filles le seraient beaucoup moins pour les mathématiques et les sciences. J’aime à rappeler face à de telles attributions traditionnelles ce que raconte Françoise Héritier, anthropologue qui lors d’un séjour en Afrique de l’Ouest, avait  étonné tous ceux qui la voyaient  coudre, en exerçant ainsi une compétence réputée… masculine !

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Le conseil municipal de la Roche-sur-Yon m’a conduit à rappeler la nécessité de ne pas s’endormir sur des conquêtes fragiles et ce à l’occasion d’une délibération sur la foire de la Roche-sur-Yon dont la nouvelle municipalité a repensé le concept : retour aux valeurs essentielles avec l’agriculture et un concours de… Miss La Roche-sur-Yon.

Roche Mag             Capture foire

Voici le texte de mon intervention :

« Cette délibération porte sur la foire de La Roche-sur-Yon qui a-t-on découvert revient avec un « nouveau concept » : le retour aux « valeurs essentielles et fondatrices » de la foire. Dans cette perspective, une grande soirée d’élection d’une « Miss la Roche 2015 » est prévue. Un appel à candidatures en direction des jeunes filles célibataires de 18 à 22 ans a donc été lancé et elles devront envoyer une « photo sur pied » pour être retenue.

Il s’en trouvera certainement parmi vous pour expliquer pourquoi c’est au seul genre féminin qu’il revient d’être ainsi exhibé. Le retour aux valeurs essentielles je suppose…

Il s’en trouvera aussi certainement parmi vous qui agiteront le pseudo-argument du « populaire » ou qui ne manqueront pas de trouver un côté « kitsch » à une telle manifestation afin de mieux en écarter ou d’en diminuer la dimension symbolique régressive. Car c’est bien une image régressive, réductrice et stéréotypée des femmes qui est ici véhiculée.

Au nom de mon groupe, je tiens à rappeler que le progrès ne se réduit pas pour nous aux seules évolutions technologiques. Il est d’abord synonyme de l’émancipation des êtres humains et des avancées vers une citoyenneté réelle pour tous.

S’il y a dans notre assemblée autant de femmes que d’hommes, c’est d’ailleurs parce qu’hier des femmes – et aussi quelques hommes- ont su dépasser les stéréotypes et les représentations enfermant les femmes dans leur seule apparence.

Je tiens à les saluer et à rappeler que nous nous inscrivons de manière déterminée dans leurs pas.

C’est peut-être moins « populaire » et c’est assurément beaucoup plus difficile de lutter contre les représentations sexistes que de mettre en place un concours « miss la Roche » mais c’est bien ce combat pour l’égalité des droits qui fonde notre engagement : c’était vrai hier, ça l’est aujourd’hui et ça le restera demain. »

Puisque les candidatures sont à envoyer à l’adjointe au « rayonnement de la ville », j’espère que ma ville rayonnera à nouveau pour sa contribution à l’amélioration de la citoyenneté, de l’égalité, de la liberté,  de l’émancipation, de l’ouverture au monde et non pour son  retour vers la … régression au nom d’un passé idéalisé et d’une identité fantasmée. C’est tout simplement le sens de mon engagement d’élue…

 

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