Clarifications…

10338718_434856906654851_4651365730940048353_nPour une clarification, c’est une clarification !

La démission du gouvernement de Manuel Valls suite aux prises de position d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon qui réclamaient une inflexion de la politique économique, la constitution du nouveau gouvernement, le discours du premier ministre devant l’université du Medef évoquant, notamment, la légitimité de la question des seuils sociaux ou la remise en cause possible du repos dominical tout comme l’interview du nouveau ministre de l’économie (même s’il ne l’était pas encore) ne laissent aucun doute sur la clarification de ligne qui s’est opéré en quelques jours : le social-libéralisme est désormais « assumé » par le gouvernement.

Une telle « clarification » idéologique, loin de résoudre la crise politique sérieuse de ces derniers jours, soulève de nombreuses interrogations au sein du Parti Socialiste et bien au-delà.

La première interrogation est celle de sa « légitimité ».

Cette ligne économique n’a – disons-le d’emblée – aucune légitimité militante. Elle n’a, en effet, jamais été validée par les militants du Parti Socialiste et s’oppose, au contraire, sur bien des points aux textes que nous avons, collectivement écrits et votés.

Mais elle n’a pas non plus reçu une validation citoyenne n’ayant pas été le message grâce auquel les victoires de 2012 ont été obtenues !

avec Alain tractage Pour avoir été candidate aux élections législatives, j’ai la mémoire vive de ce que nous expliquions alors et de ce qui constituait notre « socle commun » et la garantie implicite pour tout électeur que sa voix aboutirait à des actes identiques, au-delà des sensibilités particulières qui existent au sein du PS. A quoi nous sommes-nous alors engagés ? A remettre en cause les seuils sociaux, à augmenter la TVA, à revenir au travail du dimanche ou à mener une grande réforme fiscale et à tenir tête au monde de la finance ? Quiconque se souvient- et ce n’est pas si loin- de l’esprit comme la lettre du discours du Bourget ne peut que comprendre l’interrogation, l’amertume et parfois l’écoeurement des électeurs qui répètent sur les ondes des radios « qu’ils n’ont pas voté pour ça » et il est bien dommage d’avoir à rappeler qu’un électeur a le droit de savoir pour quelle politique il vote !  Les députés socialistes dits « frondeurs » ont donc raison de vouloir rester le plus possible fidèle par leurs actes (leur travail d’amendement et leur vote) à la parole qu’ils ont portée comme candidats. Il y a en ce sens une clarification « collatérale »à la clarification de ligne décidée par l’exécutif : celle des limites de la V République qui favorise la personnalisation du pouvoir et le manque de reconnaissance du pouvoir parlementaire. C’est pourquoi, je suis résolument (et depuis longtemps) pour un changement de constitution.

La 2ème question que soulève cette « clarification » sociale-libérale est celle de sa pertinence même. Si faire le choix de la « politique de l’offre » (attribuer des subventions publiques comme le fait le CICE ou baisser les cotisations sociales sans contreparties formellement exigées en termes d’emplois, sans conditionnalité) n’a jamais été une option défendue par le Parti Socialiste, cette ligne économique fait plutôt preuve de ses échecs que de ses réussites : soutenir les entreprises sans contreparties formelles en termes d’emplois, sans conditionnalité produit des effets d’aubaine (l’exemple d’Auchan est éloquent et je vous invite à lire cet article http://www.liberation.fr/economie/2014/01/30/auchan-va-supprimer-300-postes-en-trois-ans_976683) et ne remplit pas pour autant les carnets de commande ! Soutenir la « demande » ne constitue pas en cela un problème européen qui tel le nuage de Tchernobyl s’arrêterait aux frontières de la France. En cela, le « pragmatisme » auquel les tenants du social-libéralisme se réfèrent constamment en guise de politique me semble bel et bien pencher, en réalité, du côté de celles et ceux qui constatent l’échec des recettes néolibérales !

maintenantL’urgence consiste donc aujourd’hui à rappeler comme le faisait François Hollande au Bourget qu’ « il n’y a jamais une seule politique possible, quelle que soit la gravité de la situation »… sinon c’est qu’il n’y aurait tout simplement plus besoin de politique! J’invite en ce sens une nouvelle fois les militants et sympathisants du Parti Socialiste à signer le manifeste des « socialistes contre l’austérité »http://www.socialistes-contre-austerite.fr/le-manifeste-socialistes-contre-lausterite/

                                                     Manifeste des socialistes contre l’austérité

 Militants ou sympathisants socialistes, nous avons fait campagne en 2012 sur la base d’une promesse de changement, de justice sociale et de progrès.

Nous voulons la réussite de la gauche au pouvoir, condition nécessaire pour la justice sociale. Mais, malgré la défaite historique des municipales, des décisions économiques allant dans le sens d’une politique d’austérité ont été prises par le gouvernement et approuvées par une majorité de députés. Nous lançons un cri d’alarme : la gauche ne réussira que si elle démontre qu’elle met en place une autre politique que celle de la droite.

Pas plus aujourd’hui qu’hier, nous ne nous reconnaissons dans les mots de la droite (« charges », « coût du travail », « flexibilité »…) et dans les choix économiques privilégiant l’ »offre » sur la « demande ». Nous voyons bien que la situation sociale empire toujours, nous voyons bien que l’austérité ne marche nulle part (Grèce, Espagne) alors envisager de compenser la baisse des cotisations pour les entreprises par une réduction de 50 milliards d’euros des dépenses publiques c’est prendre le risque de dégrader les conditions de vie d’un grand nombre de gens sans aucune certitude sur les emplois potentiels créés.Il n’existe pas pour nous qu’une seule politique possible.

Des députés socialistes ont lancé un appel au gouvernement pour un « contrat de majorité » et ont formulé des contre-propositions visant à ne pas mettre en péril les acquis sociaux et les services publics. 41 d’entre eux ont décidé d’exprimer par leur vote leur volonté d’un changement de politique, conforme à ce pour quoi ils ont été élus. Nous les soutenons et nous les engageons à tenir bon dans les débats parlementaires qui s’ouvriront dès les prochaines semaines. Nous sommes rassemblés ici pour rappeler avec eux comme avec les militants et sympathisants socialistes qui agiront en ce sens sur leurs territoires que l’austérité n’est pas incontournable.

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