Un Conseil National « hors gravité »

P1010544Retour sur le Conseil National du Parti Socialiste qui se tenait hier. On l’attendait depuis des semaines ce Conseil National car nous n’en avions pas eu depuis le 19 septembre dernier (!) et, alors même qu’en ce moment se déroule à l’Assemblée le débat sur une révision constitutionnelle inscrivant état d’urgence et« déchéance de nationalité » dans la Constitution, il pouvait sembler nécessaire que le parlement du Parti Socialiste débatte et prenne position sur des sujets aussi importants. La lecture de l’ordre du jour de ce CN, pourtant convoqué en urgence dimanche dernier, hors des règles statutaires prévoyant que cette convocation se fasse 15 jours avant avec un ordre du jour validé par le BN ( lui-même annulé lundi dernier) donnait, cependant, déjà l’impression d’un « léger décalage » par rapport au contexte politique en mentionnant simplement « la feuille de route du Parti Socialiste ».

C’est peu dire que cette impression de « hors sol » et cette étrange expérience de volonté forcenée de s’extraire du réel et de le fuir au lieu de s’y confronter a caractérisé ce qui s’est passé hier…

A quoi avons-nous eu droit en effet ? A une « feuille de route » aussi décalée qu’indigente dans ses propos et propositions, évoquant l’ouverture d’un nouveau site Web, un « dépassement du Parti Socialiste » symbolisé par le déplacement des Universités d’été de La Rochelle à Nantes ou actant le fait que le candidat à la présidentielle ne lisant pas le programme sur lequel nous aurions travaillé, il est inutile d’en faire un au lieu de réfléchir au problème institutionnel qu’un tel écart ne peut que soulever… « What else ? »

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Cinéma à Piobetta : questions toujours sans réponses…

DSC_1236Lors du Conseil Municipal qui se tenait hier soir, une délibération portait sur l’aménagement de l’ilôt Piobetta.

L’occasion pour moi de redire mon inquiétude face au souhait de Luc Bouard annoncé dans la presse d’implantation d’un 3ème cinéma et de demander s’il persistait dans ce projet problématique pour l’ensemble des deux structures existantes et qui ne manquerait d’entraîner à plus ou moins long terme la fin du cinéma le Concorde ou s’il s’agissait de transférer le Concorde.

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La rhétorique du « tabou » et la leçon d’Orwell

totem et tabou 3Qu’il s’agisse de la question des 35 heures ou de la dégressivité des allocations chômage, la rhétorique du « tabou » à briser a encore envahi l’espace public ces derniers jours.

« Encore » car, depuis plusieurs années, les déclarations visant à « détabouïser » sont légion. De Laurence Parisot qui, en 2012, voulait « détabouïser la flexibilité » aux déclarations de ministres du gouvernement actuel sur le temps de travail, les seuils sociaux ou l’indemnisation du chômage en passant par la volonté exprimée par Bruno Le Maire en novembre 2013 d‘« apporter des réponses aux problèmes des Français quitte à briser un certain nombre de tabous » (il mentionnait tour à tour la réduction des dépenses publiques, la « simplification massive du droit du travail », la diminution de la durée de l’indemnisation chômage, la baisse des « charges », le « durcissement des règles du regroupement familial »), la liste des « briseurs de tabous » est longue et n’en finit pas de s’allonger.

A chaque fois, l’emploi de cette rhétorique répond aux mêmes objectifs. Le premier est de délégitimer ce dont on parle en le renvoyant au domaine de l’irrationnel. Comme l’expliquait Freud, ce qui caractérise en effet les « prohibitions tabou c’est qu’elles ne se fondent sur aucune raison ; leur origine est inconnue ». Ainsi, faire entrer le repos dominical, les seuls sociaux, les 35 heures ou la dégressivité des allocations familiales dans la catégorie des « tabous », c’est les renvoyer à une genèse mystérieuse, à une absence de fondement rationnel, loin d’un principe ou d’un acquis historique que l’on voudrait préserver parce qu’on en mesure la valeur progressiste. Il s’agit là d’une imposture sémantique par laquelle les « briseurs de tabou » entendent transformer des acquis sociaux et la boussole rationnelle du progrès en interdits mystérieux infondés.

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